D’où vous est venue cette passion pour l’espace ?
Claudie Haigneré : Nous avons tous dans la tête une part de rêve et d’imaginaire. En 1969, j’avais 12 ans lorsque j’ai vu à la télévision les premiers pas de l’homme sur la lune. C’était un grand moment de bonheur pour moi. Je me suis toujours dit qu’il y a dans chaque vie une petite étoile : il faut en prendre soin pour qu’elle brille. C’est ce que j’ai fait et ça a fonctionné.
Quelle jeune fille étiez-vous ?
Enfant, j’étais très lucide, je réussissais bien. Adolescente, j’étais gymnaste, j’avais l’esprit très sportif. C’est donc naturellement que j’ai étudié la médecine. Plus tard en 1985, je travaillais à l’hôpital Cochin comme médecin rhumatologue et j’ai lu un appel d’offre du Centre National d’Etudes Spatial. Il cherchait des ingénieurs et des scientifiques pour réaliser des programmes scientifiques à bord de stations spatiales. Sur 1000 candidats, seulement 7 ont été retenus, dont moi. J’étais la seule femme dans l’équipe.
Dans quel cadre s’est passé votre premier vol ?
En 1996, j’effectuais ma première mission et mon premier vol dans l’espace à bord de la station orbitale russe MIR. J’étais la première femme Française à séjourner dans l’espace. Et en 2001, lors de mon vol sur l’ISS, la Station Spatiale Internationale. J’étais même la première Européenne. Et cette fois, j’arborais le drapeau Français et Européen, j’étais très fière. Je suis une privilégiée, j’en ai conscience. Voler, plus qu’un métier, est une véritable passion que j’ai eu la chance de pouvoir partager avec mon mari, lui aussi astronaute.
Pouvez-vous nous raconter la vie à bord d’une navette spatiale ?
Mes deux vols ont été de courte durée. Le but c’est de réussir la mission avant tout, car sur Terre, il y a près d’une centaine de techniciens et ingénieurs qui ont mis tous leurs espoirs en vous. La vie quotidienne n’est pas facile, il y a peu de confort. Mais j’avais beaucoup de plaisir à me déplacer avec mon corps libéré de la pesanteur. Et dès que je le pouvais, j’allais regarder par le hublot. De là-haut on ne voit qu’une seule planète bleue et blanche et tout autour, le cosmos noir et mystérieux, c’est aussi extraordinaire que surprenant.
Entre 2002 et 2004, vous avez été successivement Ministre déléguée à la Recherche puis aux Affaires étrangères. Pourquoi la politique ?
Saint-Exupéry, disait “On n’est pas là pour prédire l’avenir, on est là pour le rendre possible”. Je trouve cela très juste. Il est nécessaire d’avoir une conscience individuelle et collective forte pour prendre de bonnes décisions. Le fait d’avoir regardé la planète de plus haut a rendu cette prise de conscience d’autant plus forte. De plus j’ai toujours été très engagée. C’est sans doute pour cela que j’ai accepté de rejoindre le gouvernement en 2002. On ne peut pas se dire qu’on est responsable et ne rien faire.
Allez-vous continuer dans cette voie ?
Non, je me consacre de nouveau à l’Europe spatiale à l’ASE (Agence Spatiale Européenne). Mais j’aimerais beaucoup voir d’autres femmes en politique, elles ont beaucoup à apporter à notre société.
Comment faîtes-vous pour concilier vie professionnelle et vie de famille ?
Cela n’a pas toujours été facile. Notamment lorsque j’étais Ministre, mon agenda était extrêmement chargé. Heureusement j’ai un mari formidable ! Et puis je compte bien consacrer plus de temps à ma fille Carla maintenant.
Vivre dans l’espace, c’est pour bientôt ?
Pas pour tout de suite, nous ne sommes pas encore prêts pour les vols d’exploration comme les missions martiennes. Il y a encore des problèmes non résolus. Notamment, l’exposition aux radiations qui abîme les cellules et casse les chromosomes. Ou bien la microgravité qui provoque une atrophie des muscles et des os et d’autres perturbations physiologiques. Le seul vol de la Terre à Mars dure 6 mois, et construire une structure habitable et viable nécessiterait beaucoup de temps et donc une totale autonomie de l’équipage. Ce qui n’est pas encore le cas à bord de la station l’ISS aujourd’hui. Mais peut-être en 2020 ou 2030, qui sait ?

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