Jardin inattendu sans doute parce que suspendu, la promenade plantée traverse le XIIe arrondissement de Paris d’ouest en est sur près de 4 kilomètres. La coulée verte débute presque sur un air d’opéra, avenue Daumesnil et s’étire jusqu’aux portes de la petite ceinture parisienne. Longiligne, s’enveloppant de jardins contigus, elle s’élève à plus de 9 mètres du sol sur l’ancien viaduc de Paris, rebaptisé viaduc des Arts.

Sur les hauteurs des arcades, à l’insu de tous, entre les rosiers, les pergolas, les tilleuls et les cerisiers, le promeneur, a l’abri de l’agitation urbaine, devine un décor d’arrière-cours et de toitures bleutées. Sur la gauche de cette ancienne voie de chemin de fer, s’étend un Paris populaire, alternant, bâtiments vétustes et constructions récentes. Le côté droit, plus chic, arbore fièrement ces immeubles haussmanniens.
Serrée, touffue, la végétation s’étend à sa guise, puis, soudainement claire et légère, laisse apparaître, en contrebas, les terrasses superposées du jardin Hector Malot, réalisé par l’architecte paysagiste Christo-Foroux en 1995.
À la jonction du viaduc et de l’ancien remblai Rambouillet-Montgallet, un centre du même nom, voué aux métiers d’art et à la maison, a été élevé par Mitrofanoff en 1994. Son toit supporte la dernière portion aérienne de la promenade.
De retour sur la terre ferme, la balade dégringole dans le jardin de Reuilly.
Au-delà du tunnel de Reuilly, le sentier s’étire jusqu’au square Charles-Péguy, nommé ainsi en hommage au poète parti, le coeur gros, de la gare de Bel-Air, au front d’où il ne revint jamais. Passant sous le boulevard Soult, elle s’écoule, jusqu’à la frontière de Paris. Son prolongement, par-delà le périphérique, jusqu’au lac Daumesnil dans le bois de Vincennes, est en projet.
Ce parcours bucolique, œuvre de l’architecte Mathieux et du paysagiste Vergely, est une invitation à découvrir une autre manière d’être en ville, en l’oubliant. Depuis la coulée verte, d’en haut ou d’en bas, la présence urbaine est réduite, Paris semble lointain, et la sensation d’être ailleurs s’insinue. La cité s’évanouit, le temps d’un battement de paupières, elle réapparaît... différente.
Un peu d’histoire
Si Napoléon III, au début du second Empire, n’avait octroyé 17 kilomètres de voies ferrées à la Compagnie de Strasbourg, les Parisiens d’aujourd’hui ne bénéficieraient pas d’une sente aérienne. Désaffectée en 1969, Cie trafic, et cédée en 1986 à la municipalité. La promenade plantée a été aménagée à partir de 1988, sur l’ancienne voie du chemin de fer qui reliait la place de la Bastille à Saint-Maur jusqu’en 1970. Elle en a gardé les infrastructures d’origine : les viaducs, les tunnels, les tranchées.
Comment s’y rendre
Depuis Bastille (Métro ligne 1 - 5 - 8), longer le parvis de l’opéra, et suivre l’indication viaduc des arts, les escaliers menant à la promenade se situent à l’angle de la rue de Lyon et de la rue de Charenton.

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