Pour vous, Temps Libre est allé à la rencontre du "dernier trappeur", de passage à Evian au "Léman des auteurs". Sorte de Jack London des temps modernes, si Nicolas est un grand timide au cœur d’or, il n’a pourtant pas sa langue dans sa poche. Surtout quand il s’agit d’appeler à protéger la nature. Entretien.
Ecrivain voyageur, est-ce que ce terme vous qualifie assez bien ?
Voyageur, oui, c’est un terme que j’aime bien, oui. En général je reprends les gens qui utilisent les mots « aventurier », mais voyageur, j’aime bien ce terme là oui. Ecrivain, on verra plus tard…
Nicolas Bouvier, Hemingway ou encore Jack London, est-ce que vous vous sentez proche de ces auteurs ?
Proche, je ne sais pas. Ce qui est sur c’est que des personnages comme Jack London, du moins leur œuvre, ont bercé mon enfance, nourri mes rêves. Depuis tout petit j’ai des envies de voyage et quand on est enfant ou adolescent on a pas forcément les moyens de partir traverser le grand Nord en traîneau à chiens, donc les livres m’ont permis de m’échapper un peu. Je leur dois beaucoup, oui.
Où avez-vous passé votre enfance ?
J’ai grandi en Sologne dans la petite ferme que j’habite encore aujourd’hui et qui est celle de mon grand-père.
Selon vous qu’est-ce que le voyage apporte à la littérature ?
C’est une source d’inspiration d’abord. Un univers qui vous amène des odeurs, des parfums, des rencontres, des rires, des visages. C’est ce qui permet au romancier de nourrir son oeuvre. On se rend d’ailleurs très vite compte en lisant la description qu’un auteur fait d’un lieu, s’il le connaît bien ou mal. On fait très vite la différence. C’est très important, même lorsqu’on est romancier, de s’attacher à une certaine réalité et donc de commencer son voyage dans l’imaginaire par un voyage dans la réalité des choses.
En parlant de voyage, quel était le but de votre Odyssée Sibérienne ?
Il y en avait plusieurs. Le premier, partir se faire plaisir, dans une aventure, dans un pays extraordinaire et de vivre quelque chose de fort avec mes chiens. Au-delà, c‘était l’envie de faire partager ma fascination pour ces territoires et ma tristesse aussi de les voir s’abîmer. Donner envie aux gens de faire quelque chose pour ces territoires fragiles donc très fragilisés par les dérèglements climatiques.
N’était-ce pas également une sorte de retour aux sources ?
Si en quelque sorte puisque c’est là-bas, sur les bords du lac Baïkal, que l’on m’a offert mon premier chien de traîneau. C’était pour moi assez symbolique et émouvant que de revenir, avec les fils et petit-fils de ce chien qui m’avait été donné au même endroit presque 20 ans plus tôt. C’est vrai que c’est un pays qui me plaît beaucoup alors pour un dernier grand voyage, c’était la destination parfaite.
Avez-vous revu la personne qui vous avait donné ce chien ?
Non, non… C’était un trappeur qui vivait tout à fait au Nord du lac Baïkal dont j’ai perdu la trace depuis. J’ai revu beaucoup de gens que j’avais rencontré lors de mon premier voyage, mais lui non, je ne l’ai pas revu.
Au total, 8000 km, depuis le lac Baïkal jusqu’à Moscou, seul et dans des régions assez hostiles pour l’homme, comment avez-vous fait pour appréhender, le froid, la peur et la solitude ?
Ce sont des milieux qui paraissent hostiles à ceux qui les connaissent pas. Mais le froid est quelque chose que j’ai appris à apprivoiser. Pour moi les régions hostiles ce sont les villes, pas la Sibérie ! (Rires). Pour moi c’est plus facile de passer cinq mois en Sibérie que cinq mois enfermé dans une ville… C’est un univers que j’aime et dans lequel je me sens bien, je n’ai pas d’effort particulier à faire pour y vivre.
Vous nous parliez plus haut de l’environnement. Quel est l’impact du réchauffement de la planète que vous avez pu constater au quotidien lors de votre voyage ?
Il y a un véritable emballement depuis 5 ou 6 ans. Il y a des anomalies climatiques qui se multiplient et qui sont à chaque fois lourdes de conséquences pour la faune, la flore, les hommes. Ce que disent tous les habitants du grand Nord c’est que le climat est devenu un petit peu fou. Il n’y a plus de saisons, des tempêtes, des précipitations colossales, des records de chaud, de froid. Le climat est devenu une vraie girouette et cela se traduit malheureusement par beaucoup de destruction. Il va falloir passer de l’ère de la destruction à l’air de la protection. Il est vraiment temps.
Est-ce que vous comptez repartir ?
Oui, bien sûr, je partirai encore. Pas plus loin que mercredi dernier je me trouvais en Sibérie pour les besoins d’un film documentaire que je prépare sur les chiens de traîneaux. Je vais être à voyager là-bas de nombreuses fois pendant dans les années qui viennent.
Pensez-vous la prise de conscience de protéger l’environnement changera pour autant nos façons de vivre ?
On a simplement mis le doigt sur quelque chose d’important. La prise de conscience est là, mais le problème c’est que rien n’a changé, ni dans les comportements ni dans le mode de vie, ni dans la façon de voir le monde. Je croise tous les jours des gens qui me disent « c’est grave », mais qui ne changent pas et ne font rien pour changer. Vous savez, les nomades, les inuites ou encore les ours polaires, ils s’en fichent de notre prise de conscience, ce n’est pas ça qui va changer leurs vies ! Aujourd’hui, ce qui compte c’est que dans les faits nous changions quelque chose. D’autant plus qu’il y a véritablement urgence. Nous ne sommes pas très loin du seuil de l’irréversible, il est donc grand temps d’agir !
N’a-t-on pas trop souvent tendance à remettre la faute sur ses voisins ?
C’est une grave erreur. La responsabilité de tout un chacun est énorme. Que ce soit vis à vis des populations qui sont en danger ou tout simplement face à nos enfants et à leurs enfants, elle est énorme. C’est donc de notre responsabilité de faire preuve de civisme écologique. A chaque fois que l’on fait ou que l’on achète quelque chose, on peut se poser la question de savoir d’où vient le produit, où il va aller. Dans tous ces choix, ça doit devenir naturel de se poser la question des conséquences de nos actes sur l’environnement. On voit que l’on peut réduire de façpn émonrme le gaspillage, et on voit également apparaître de nouvellessolutionjs pour passer de l’èrede la destruction à l’ère de la protection. Nous avons touyts un tas d’énergies disponibles et non polluantes. C’est un véritable changement des mentalités qui doit être opéré.
Il est donc temps de penser aux générations futures ?
Il est plus que temps. Les simulations qui sont faites par les scientifiques sont très très inquiétantes. S’il n’y a pas lieu de culpabiliser parce qu’on ne savait pas encore il y a 10 ans vers quoi on allait, il y a aura lieu dans 10 ans si nous ne faisons rien aujourd’hui.
Avez-vous signé le pacte de Nicolas Hulot ?
Bien sûr, j’en suis un des premiers signataires.
Regrettez-vous qu’il ne se soit pas présenté aux élection Présidentielles ?
Non, pas du tout. Je pense qu’il aurait alors eu beaucoup moins d’impact qu’il a a actuellement ou qu’il va en avoir dans les années qui viennent. Ca aurait été le réduire à un pourcentage qu’il aurait obtenu. Une élection Présidentielle, c’est pour élire un Président de la République afin que cette personne réponde à des questions auxquelles Nicolas ne pourrait pas répondre. Il parle au nom de l’environnement. Un domaine pour lequel il est très compétent. Mais il y a des tas de domaines à l’international et à l’économique sur lesquels il n’est pas compétent. Je pense donc qu’il a bien fait et je pense qu’il aura beaucoup plus de poids en mettant en place un comité pour veiller à ce que le Président réponde à l’engagement qui aura été le sien au moment de signer son pacte écologique.

Cabu
Jean-Pierre Foucault
Michelle Torr : "Je ne peux pas ma passer de la scène !"
Interview Sophie Thalmann : les secrets de Sophie
Liane Foly : "J’adore faire ma valise"
Interview de Francis Huster : "Je crois encore à l’amour"
Luc Ferry : "Avoir une place au coeur des autres"
Bruno Masure “Je ne suis pas nostalgique”
Rencontre avec Stéphane Bern
Franz Olivier Giesbert
Anny Duperey : “Dépasser ses épreuvespar l’art et l’engagement”
Interview Dany Brillant : "J’étais un acteur contrarié"
Gérard Lenorman
Gérard Holtz : une interview sur sa fureur de vivre
Claudie Haigneré : interview
Version imprimable


