Les parisiennes dévoilent leurs gambettes. Que vous inspire la mini-jupe ?
Au début de ma carrière, j’ai moi-même créé des jupes très courtes. Lorsque l’on regarde l’iconographie de la mode, on s’aperçoit que les jupes courtes correspondent à des périodes fastes de l’Histoire. Rien n’est le fait du hasard ! Je me suis aperçu que la mode était prophétique : par exemple, quand les coiffures des femmes montent, les Régimes tombent. Cela s’est vérifié avec Marie-Antoinette. 1m20 de choucroute et hop ! On lui a coupé la tête... Observez donc celle de Bernadette... La chiraquie n’a qu’à bien se tenir !
A vous entendre, les grands couturiers sont bien plus que des créateurs...
Les vrais créateurs sont des voyants...
Ils ont du pif ! Je pense à des gens comme Christian Lacroix, Gaultier ou Nicolas Ghesquiere pour Balenciaga.
Qu’avez-vous prévu pour cet été ?
Je vais laisser le centre de Paris aux touristes et aller faire des marches à pied, sur les bords de Marne, c’est sublissime. Les cygnes sont revenus, les canards aussi. Habitant à Joinville, je peux vous le dire, il y a des coins magnifiques aux alentours de Paris. De même, les canaux sont des coins merveilleux : prenez le canal de l’Ourcq, le canal Saint Martin...

Architecte de formation, que pensez-vous des monuments parisiens ?
Paris est une très belle ville parce qu’elle a eu son génie : Georges Eugène Haussmann. Mais il faudrait dynamiter toutes les constructions faites sous Georges Pompidou : la tour Montparnasse est horrible ! Quant au Centre Pompidou, œuvre architecturale excellente, elle aurait été bien mieux à La Défense.
Comment trouvez-vous le musée du Quai Branly ?
Jean Nouvel est un génie. Je trouve ça sublissime.
Que détestez-vous à Paris ?
Les Champs-Elysées avec ses illuminations de Noël, c’est la chose la plus hideuse que je connaisse. Ses grandes ampoules merdeuses sont une honte.
A 73 ans, vous en paraissez 60, quel est votre secret ?
C’est le désir de vivre, le désir d’étonnement. J’aime la vie !
Parlez-nous-en. Vous êtes né dans le Pays Basque espagnol ?
Nous l’avons fui avec mon frère et ma mère juste après la mort de mon père, fusillé par Franco. J’avais 4 ans. Grâce au Ministre Daladier, nous avons passé la guerre cachés en Bretagne. Franco voulait la peau de ma mère qui était une femme politique importante. Chaque jour, quand elle rentrait du travail, elle nous disait : “On a de la chance, une journée de passée et nous sommes encore en vie !”
Votre mère travaillait ?
Oui, en Espagne, elle était première main chez Balenciaga. Veuve dans une France en guerre, elle travaillait pour notre survie. En tant qu’étrangers, nous n’avions pas le droit aux tickets de rationnement.
Intégrer l’école des Beaux-Arts n’a pas dû être facile ?
Ma mère ne pouvait pas me donner un centime. Je vendais donc des dessins à Courrèges et Guy Laroche pour payer mes études. D’ailleurs, si j’ai délaissé l’architecture pour la mode, c’était pour gagner plus d’argent.
Comment vous est venue l’idée des robes en aluminium et en rhodoïd ?
J’ai très vite remarqué que tous les arts majeurs avaient évolués et que les arts mineurs s’en inspiraient. A cette époque, on faisait des peintures en métal. Je n’allais pas faire une collection en textile ! J’ai donc tenté de créer un événement contemporain. J’ai fait défiler mes “12 robes importables” sur des femmes blanches, noires et jaunes et en musique !
Quelles ont été les réactions ?
Ca a été un scandale ! A la fin du défilé, des Américaines du magazine Vogue m’ont craché au visage. Elles estimaient qu’il appartenait aux blanches de défiler. Par la suite, on m’a même refusé l’entrée à la Chambre du syndicat de la Haute Couture. Les autres couturiers, comme Yves Saint Laurent, ne voulaient pas de moi !
C’est en défilant pour vous qu’Amanda Lear a rencontré Salvador Dali...
Quand j’ai vu Amanda, j’ai vu la plus belle paire de guibolles de toute ma vie. Elle est devenue l’égérie de Dali. Il aimait faire le con...Un jour devant son hôtel, une horde de journalistes l’attendait. Il m’a dit : “Paco Rabanne, je vous présente ma cour de crétins mous !” Et ils applaudissaient...
Pourquoi avoir quitté la Haute Couture pour le prêt-à-porter ?
Avec le prêt-à-porter au moins on est payé ! J’en ai eu assez d’offrir mes créations pour qu’elles soient portées. La Haute Couture, c’est un restaurant 3 étoiles où tout est gratuit. La mode, c’est dépassé. C’est du mensonge et je déteste le mensonge.

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