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mardi 11 septembre 2007, par Sindy Trudo

Jean-Jacques Bourdin à l’écoute

« Je rends hommage aux hommes politiques de cette présidentielle car ils ont changé les règles de la politique et ont forcé les journalistes à sortir de leur conservatisme. Ils ont incité les citoyens à prendre leur destin en main »

Figure emblématique de RMC où il anime chaque matin l’émission interactive « Bourdin&Co », Jean-Jacques Bourdin est aussi chaleureux dans la vie qu’à l’antenne. Rencontre ave un journaliste au destin incroyable.

–Vous avez eu un parcours assez atypique. Après des débuts professionnels un peu chaotiques où vous enchaînez les petits boulots (VRP, chauffeur-livreur, joueur de poker), vous faites une rencontre providentielle...

C’est vrai. J’ai eu la chance d’avoir pu faire du journalisme en n’ayant aucune formation à une époque où c’était encore possible. Je n’avais jamais imaginé devenir journaliste si ce n’est dans mes rêves les plus fous. A 13-14 ans, j’étais passionné de sport. Je lisais l’Equipe tous les matins. Et j’espérais un jour pouvoir commenter les plus beaux matchs. Mais très vite j’ai dû abandonner cette idée. J’étais loin de Paris, je vivais à l’époque dans le Midi à Alès et surtout je n’avais aucun lien direct ou indirect avec le journalisme. Et puis un jour j’ai rencontré Raymond Castans, alors directeur d’antenne à RTL. D’une manière totalement fortuite. J’étais plus ou moins fiancé avec sa nièce. Au cours d’un déjeuner de famille où il était présent, nous avons commencé à parler de sport. Et plus particulièrement d’un coureur cycliste italien, Franco Bitossi. Un personnage atypique qu’on appelait « le coureur au coeur fou » parce que son coeur s’emballait en milieu d’étape, l’obligeant à s’arrêter en bordure de route. Raymond Castans m’assurait que celui-ci avait été champion du monde, et moi je lui maintenais qu’il ne l’avait pas été. Il a alors appelé la rédaction des sports de RTL qui lui a confirmé ce que j’avançais. Voyant que j’étais doué et que j’avais de grandes compétences en la matière, il m’a dit que si un jour il avait une opportunité pour moi, il me ferait signe.

- Et alors ?

Six mois ont passé. Cette idée avait disparu de ma mémoire. Envolée. Et puis un samedi soir, il m’appelle et me dit de me présenter à RTL le lundi matin. A l’époque, je travaillais. J’étais VRP. En un week-end, j’ai réussi à tout stopper professionnellement. J’ai vendu ma voiture. Et le dimanche soir, j’ai pris le train pour Paris.

–Comment s’est passée votre arrivée à Paris ?

Ca a été un changement de vie radical. J’étais issu d’une famille bourgeoise de province. J’avais eu une enfance heureuse. Je n’avais jamais manqué de rien. Et là tout à coup je me retrouvais confronté à une grande ville que je ne connaissais pas du tout, je n’avais pas d’argent. Juste de quoi pouvoir m’installer dans une petite chambre d’hôtel, de 8m2 avec les commodités sur le palier. Mais finalement, je vivais à la rédaction. J’y passais15heures par jour tellement j’étais pris par ce métier. L’ambiance était très bonne. J’ai très vite été adopté par la rédaction. Même si au début, on m’appelait « le pistonné ».

–Vous êtes resté 25 ans à RTL où vous avez multiplié les expériences...

Oui j’ai commencé par du reportage sportif pendant 7 ans, puis j’ai fait du reportage d’actualités. J’ai présenté tous les grands journaux, et le journal inattendu. J’ai dirigé l’édition du week-end. Et j’ai terminé avec le 13h et « les auditeurs ont la parole », qui était la première émission de radio interactive. Elle réalisait de très bonnes audiences.

–Pourtant à l’automne 2000, vous décidez de quitter la maison...

J’avais besoin de liberté. Je ne rencontrais plus dans la direction de l’époque la réponse à mes désirs professionnels. Mon idée, c’était de développer l’interactivité, de l’étendre à la radio. Mais en 2000, RTL n’y croyait pas du tout, jugeant même l’idée stupide. Moi j’y tenais particulièrement. Je suis donc parti. J’ai voyagé pendant 8 mois (durant lesquels j’ai aussi participé à la reconstruction de RTL via les négociations avec les actionnaires allemands). Et au printemps 2001, j’ai reçu un appel d’Alain Weil, qui venait de racheter RMC. Il voulait créer une radio talk. Mais il manquait un peu de personnalité à l’antenne. Il a donc fait appel à mes services.

–Comment définissez-vous votre rôle à la radio ?

Je suis un modérateur. C’est à dire qu’une fois avoir expliqué le sujet d’actualité, j’encourage l’ auditeur à partager son expérience. Car le journaliste ne vit pas toutes les situations. Pour moi, l’interactivité, plus que la parole accordée à l’auditeur, c’est le conseil donné par l’auditeur. Un échange d’informations.Une sorte de « wikipédia » de la radio où chacun apporte sa pierre à l’édifice.

Et les dérapages d’auditeurs, c’est fréquent ?

Il m’est arrivé d’interrompre la communication avec des auditeurs lorsque leurs propos tombaient sous le coup de la loi. Mais en général, c’est assez rare.

–Selon les dernières enquêtes Médiamétrie, RMC réalise un exploit avec une hausse de 32 % des parts d’audience sur l’année. Comment l’expliquez-vous ?

Je crois qu’on a réussi à RMC à créer une radio proche des gens et la proximité, c’est le principe même de la radio. Les auditeurs nous écoutent comme s’ils faisaient partie de la famille RMC et deviennent prescripteurs auprès de leur amis, leurs collègues, leurs clients... Mais remarquez qu’ aujourd’hui toutes les radios s’alignent sur ce concept d’interactivité. Ca prouve bien qu’on répond à une demande. Avec « Les auditeurs ont la parole », RTL était vraiment en avance. C’est dommage qu’elle n’y ai pas cru à l’époque. Elle a perdu du temps.

–Pensez-vous que le contexte de l’élection présidentielle ait également concouru à cette hausse spectaculaire ?

Oui, ça nous a beaucoup aidé. Et je souhaite rendre hommage aux hommes politiques de cette présidentielle car ils ont changé les règles de la politique et ont forcé les journalistes (politiques notamment) à sortir de leur conservatisme. Ils ont incité les citoyens à prendre leur destin en main, que ce soit Ségolène Royal avec son principe de démocratie participative ou Nicolas Sarkozy avec son langage direct, accessible, et proche des gens. La rupture, elle est là pour moi ! A RMC, on répondait parfaitement à cette nouvelle tendance. On a su également faire preuve d’audace. Pendant la campagne, on avait appelé l’émission « Entretiens d’embauche », entretiens que les citoyens étaient invités à faire passer à chacun des candidats. Même si parfois les questions étaient rudes, les candidats se sont pris au jeu et ont avoué s’être régalés. Ca a vraiment permis de démythifier la politique.

–Que pensez-vous de la connivence entre politiques et médias ?

Je la déteste. Et je ne la pratique pas. Moi j’aime les hommes politiques - contrairement à ce qu’on dit, ce sont des gens honnêtes, qui travaillent beaucoup - mais je crois qu’ils devraient s’entourer différemment, je parle par là des cabinets, qui vivent en dehors des réalités.

–Vous animez la tranche 8h30-9h00 sur BFM TV. Homme de radio, aimeriez-vous à terme vous tourner vers la télé ?

Non, je ne pense pas, j’aime trop la radio. Éventuellement, ce qui pourrait me plaire ce serait d’ animer un talk show totalement débridé, toujours autour de l’actualité, où je mélangerai les genres. En revanche, je crois beaucoup au développement de BFM TV (chaîne du groupe) qui est dans le même esprit que RMC. D’ailleurs à la rentrée, on va renforcer le contenu en multipliant les directs et en réhabilitant le reportage, « l’essence même du journalisme ». J’ai été frappé de voir durant les émeutes en France que les seuls grands reporters sur le terrain étaient des Suisses. Je crois que c’est à cause de vieux réflexes corporatistes et conservateurs qui nous font croire qu’un reporter doit partir au bout du monde. Pourtant, les gens ont besoin qu’on leur raconte des histoires. Et pour cela, le journaliste doit être au plus près de l’événement. Ma compagne Anne Niva est grand reporter. Elle est allée en juin à Bagdad, dans une famille irakienne, en zone rouge. Chaque matin, sous la forme de feuilletons de 5 à 7 minutes minutes, elle racontait en direct le quotidien de cette famille plongée au coeur de la guerre. Des centaines de mails d’auditeurs nous sont parvenus pour nous remercier de leur faire découvrir l’Irak autrement. Et c’est ce principe que l’on veut développer à la rentrée.

–Et sinon, du temps libre vous en avez ?

C’est vrai que je travaille beaucoup mais je m’accorde tout de même des moments de détente. Je joue à la pétanque le dimanche matin. J’aime les jeux de cartes. J’écoute de la musique classique, je lis beaucoup. Je voyage également. Je retourne voir ma famille à Alès et je vais régulièrement passer des vacances en Russie, dans un petit village à 300 km de Moscou.

–La retraite, vous y pensez ?

Je ne ferai pas d’années de trop. Ce sont les auditeurs qui me mettront à la porte !(rires) Et puis personne n’est irremplaçable...

Son livre

« A l’écoute » avec Anne Niva,aux éditions Anne Carrière, 250 pages, 17 euros.

En vente le 26 septembre

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