
Vous venez de publier un livre « Je suis né à vingt ans ». Pourquoi alors que vous apparaissiez comme un artiste très pudique, manifestez-vous ce besoin de dévoiler une grande part de votre intimité ?
Ce récit est comme l’identité manquante à ce que j’ai laissé transparaître jusqu’à maintenant. . J’ai souvent étonné par mes attitudes, mes réactions, mes ressentiments. Mais je n’ai jamais donné le mode d’emploi pour les comprendre. Et pourtant, ils ont compliqué ma vie, non seulement à moi mais aux autres. Ce livre est aussi une façon dire « merci »aux gens qui ont été des lumières dans ma vie, des pointes d’espoir.
Votre enfance a été marquée par la honte et le rejet maternel. Avec la chanson vous avez fait acte de résilience ?
Pour moi, la musique est un exutoire. J’ai une sensibilité extrême qui est parfois étouffante. Dès qu’un sujet devient grave ou évocateur d’émotions que je connais bien, je suis au bord des larmes. C’est déjà un problème cette hypersensibilité mais en plus quand elle est exacerbée par des manques et des besoins, réprimés... Aujourd’hui, je cherche à respirer.
L’échange, le partage, sont à la lecture de votre livre deux notions « étrangères ». Pourtant sur scène, vous faites preuve d’une grande générosité…
La scène, le public, c’est mon univers, ma première famille ! Qu’on attende quelque chose de moi, c’est pour moi inattendu. C’est surtout le plus cadeau qu’on puisse me faire ! J’ai beaucoup d’amour à donner. Mais je donne plus facilement à 10 000, 20 000 personnes qu’à une personne. Cela, mes proches le savent et font preuve de beaucoup d’ indulgence.
La scène, le public, c’est mon univers, ma première famille ! Qu’on attende quelque chose de moi, c’était pour moi inattendu. Mais c’est je crois le plus cadeau qu’on puisse me faire !
La notoriété, vous l’avez vécue comment ?
Etre reconnu, apprécié pour ce que je pense être le meilleur de moi-même, ça me suffisait. Je ne me suis jamais pris la tête parce que je devenais quelqu’un d’important. D’ailleurs, je m’appelle toujours “le p’tit bonhomme de rien de tout”.
Le milieu du showbiz est parfois impitoyable. Vous n’avez pas toujours été accueilli les bras ouverts…
Je croyais qu’il y avait une sorte de fratrie dans ce milieu. Mais je me suis trompé. Je crois que le plus gros défaut des chanteurs, c’est d’avoir un ego surdimensionné. De vouloir faire des distinguos entre les chanteurs populaires et les autres… qui seraient quoi ? Plus intellos ? Mais c’est quoi être chanteur ? Etre un grand philosophe ? Un grand penseur ? Et puis il y a tous ces gens qui font le métier de « controverse » et qui surtout ne peuvent pas dire qu’un chanteur populaire est un mec génial, qu’il est pas trop con, qu’il a même un peu de goût… D’une manière générale, je dirais que je suis assez hermétique au mal que l’on peut me faire, aux coups bas qu’on peut me porter (même si ce n’est pas très élégant).

Votre carrière a été ponctuée de rencontres. Lesquelles vous ont le plus marqué ?
Ma rencontre avec Maurice Chevalier « le maître » comme on l’appelait a été une grande leçon de simplicité et d’honnêteté. A l’époque, il devait avoir 80 ans, moi j’étais un vrai gamin. Il m’a dit « tu as l’œil, tu iras loin. » Venant de sa part, c’était rassurant et gratifiant. Je me suis senti très à l’aise avec lui. Et d’une manière générale, j’ai toujours été très à l’aise avec les « grands ». Car pour moi, il n’y avait pas d’égo à confronter. J’avais l’impression (même si ça peut paraître prétentieux) de faire partie du même monde. Un jour, on m’a dit : « Mais Bardot, tu sais qui c’est ? J’ai répondu naturellement : « Non, mais elle va savoir très vite qui je suis ! » Pour moi, il n’était pas question que je fasse le beau, que je mette un costume. D’ailleurs à cette époque, je n’en avais pas !
Vous avez souffert de gros problèmes ORL. Pour un chanteur, c’est un peu comme avoir une épée de Damoclès au-dessus de la tête ?
J’ai toujours été fragile. Dans ma voix, il y a beaucoup de souffrance. A mon arrivée dans le milieu, on disait « il ne va pas chanter longtemps ». J’avais une voix très aigue, comme sur le fil. Mais très vite, j’ai compris qu’il ne fallait plus que je dise que je voulais chanter. Je ne disais plus rien. J’attendais. D’ailleurs mon histoire c’est celle d’un mec qui attend. A 62 ans, j’attends quoi ?(silence) La sérénité je crois.
La scène, c’est pour bientôt ?
Une belle programmation est prévue pour l’année prochaine. La scène, l’échange avec le public, c’est pour moi le plus important. Je ne pourrais pas vivre sans. Je respecte beaucoup mon public, je m’investis beaucoup pour eux. Je suis très soucieux de faire évoluer le traitement de mes chansons. Certaines ont été écrites il y a 35 ans, je ne peux pas me permettre de les chanter comme à mes débuts. Je cherche un nouveau “mood” pour continuer à les faire vivre et avoir du plaisir à les défendre. J’accorde une grande importance à mes textes. J’ai toujours tenu à ce que mes chansons aient deux niveaux de lecture. Qu’elles aient un sens fort tout en restant accessibles à tous. Je suis un fouilleur, je peux mettre 6mois voire 1an pour écrire un texte. C’est tellement difficile d’être crédible sur 3 minutes.
Retrouvez Gérard Lenorman sur la scène de l’Olympia le 20 avril 2008
Son actu :
Un livre : « Je suis né à 20 ans » chez Calmann Lévy, 18 euros.
Une compilation : Je vous reparlerai d’amour , coffret 3 Cds chez Sony BMG

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