
Vous venez de publier « Télé : l’implosion », un livre d’anticipation sur la télé de 2012. Comment est- il né ?
Quand on travaille à la télé au quotidien, parfois il est bon de prendre un peu de recul. Pour essayer de voir ce qui s’y passe, de réfléchir aux grands mouvements qui se dessinent dans l’univers des médias. J’ai profité de l’été pour coucher cette réflexion sur le papier et imaginer ce que la télé pourrait devenir dans les cinq années à venir. J’aurais pu choisir d’écrire une fiction pure. Autrement dit, j’invente tout et je pars dans un grand délire ! Mais j’ai préféré m’appuyer sur des faits réels pour essayer de dégager les grandes lignes structurelles, à savoir l’hyper-concentration des médias, le travail des journalistes de plus en plus en liaison avec le milieu économique, la peopolisation des politiques,... même si parfois, j’ai laissé place à l’imagination, et notamment lorsque j’évoque l’avenir des animateurs et de leurs émissions.
Comment avez-vous procédé pour l’écriture de ce livre ?
Dans un premier temps, j’ai énormément lu, et en particulier des études prospectives, pour essayer de comprendre comment allait évoluer la société et répondre à toutes les questions techniques relatives au devenir des moyens de transport, de la TNT, des réseaux de communication et ou encore de la télé sur le téléphone. Puis dans un second temps, je me suis entretenu avec les patrons des chaînes et les animateurs pour savoir comment eux imaginaient la télé en 2012. Pour moi, c’était une vraie enquête de terrain.
Le tableau que vous dressez de la télé en 2012 est assez effrayant notamment dans le chapitre « la folle course à l’audience » où vous listez les différentes émissions de téléréalité que l’on pourrait retrouver sur nos écrans...
Oui ça fait assez peur. Je crois que la multiplication des chaînes - 18 chaînes pour tous au lieu de 6 aujourd’hui via la TNT – y participe pour beaucoup. Chaque point d’audience va valoir de plus en plus cher. Les chaînes vont devoir se battre pour rester dans la course. Et de fait, les petites chaînes qui ont besoin de se faire remarquer vont nécessairement s’orienter vers des émissions de plus en plus « trash » mais génératrices d’audience.
Qu’est-ce qui selon vous pourrait mettre un frein à cette surenchère ? Il existe deux pare-feu : le premier consiste à renforcer le service public. Aujourd’hui son efficacité est diluée à cause d’un trop grand nombre de chaînes (ndlr 9 au total). France 2 par exemple est devenue pour moi une sous-copie de TF1. Mises à part quelques émissions de qualité, comme le théâtre en prime, la chaîne n’a pas d’identité. Celle dont on devrait s’inspirer selon moi, c’est France 5. Elle répond exactement à la mission de service public et enregistre des bonnes audiences, non pas parce qu’elle court après, mais parce qu’elle propose des émissions de qualité. Il faudrait lui allouer plus de moyens et bannir la publicité Le deuxième pare-feu, ce sont les téléspectateurs. C’est eux qui avec leur télécommande décident de la vie ou de la mort d’une émission.
Quel est pour vous aujourd’hui le défi des chaînes de la TNT ?
Il se résume à « essayer de s’imposer sans faire de trash ». Moi j’ai de la chance d’être sur une chaîne, Direct 8, dont le propriétaire (qui n’est autre que Vincent Bolloré) a clairement les moyens et a décidé de ne pas courir après la pub… ni après les émissions trash, vulgaires, violentes, voire pornographiques que certaines chaînes de la TNT rachètent au rabais aux Etats-Unis.
Michel Drucker a l’habitude de dire « l’image d’aujourd’hui, c’est l’audience de demain » Autrement dit, plus on soignera cette image, plus on fera de l’audience. C’est la logique de Direct 8 à laquelle j’adhère complètement.
Que pensez-vous de la chaîne pour seniors « Vivolta » qui va être lancée par Philippe Gildas le 10 décembre prochain sur Canalsat ?
Je suis partagé. D’un côté, je trouve que c’est une très bonne idée. Il faut une chaîne comme celle là. Mais d’un autre côté, le fait qu’elle ne soit pas diffusée sur la TNT pose un problème. La diffusion sur le satellite ne concerne qu’un nombre limité de personnes et réduit de fait considérablement la cible. Et dans ce contexte, je me pose la question de sa viabilité. Selon moi, il faut qu’elle arrive très vite sur la TNT. Et là, ce sera le carton assuré…A condition bien sûr qu’elle soit dynamique, vivante avec des jeunes animateurs à l’antenne et ne tombe pas dans l’écueil « Les vieux parlent aux vieux ! » avec des programmes en noir et blanc empreints de nostalgie.
| Son livre « Télé : l’implosion, chronique d’un désastre annoncé » aux éditions de l’Archipel. Prix : 18,95 euros. |

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