On connaît votre amour pour les animaux depuis de nombreuses années. D’où vous vient cette ferveur ?
J’ai toujours eu un amour fou pour les animaux. Au début, j’ai fait du cinéma pour pouvoir acheter une ferme où on ne tuerait pas les animaux.
La Fondation Brigitte Bardot a plus de 20 ans : pouvez-vous revenir sur sa création ?
J’ai d’abord tout abandonné pour m’y consacrer. Ensuite, il a fallu que je fasse mes classes : repartir à zéro, apprendre, me faire ridiculiser et continuer envers et contre tout. Parfois j’en avais les larmes aux yeux, je n’en pouvais plus, mais je continuais quand même. Après j’ai tout vendu, tout donné pour la création de ma fondation. Ça a commencé très timidement à la Madrague avec une secrétaire et un minitel, après dans des petits bureaux à Paris et maintenant dans un hôtel particulier de 600 m2 occupé par mes collaborateurs qui sont une trentaine.
Votre engagement prend une réelle ampleur en 1973, année de votre retrait définitif du cinéma : un changement de cap radical…
C’est mon choix. Je ne pouvais plus continuer à faire du cinéma alors que je découvrais l’immense détresse des animaux. Il m’a fallu énormément de courage et de détermination car on ne passe pas comme ça d’une vie de star à une vie de combat.
Qu’avez-vous regretté de votre vie d’artiste ?
Rien, sinon je ne l’aurais pas fait. De toute manière je ne regrette jamais rien, je réfléchis avant.
Quelles satisfactions vous a procuré votre vie de militante ?
Pas de grande satisfaction, plutôt des épreuves, des moqueries, du mépris. Il fallait ouvrir une porte sur le sort des animaux : une porte blindée car tout le monde s’en moque. L’animal est considéré comme un objet de rentabilité. Pourtant il est à notre image et ressent les mêmes douleurs, les mêmes stress que nous, avec en plus un instinct qui ne le trompe pas et un courage que nous n’avons pas.
Ressentir la souffrance animale implique que l’on souffre soi-même…
Je souffre énormément, je ressens leur douleur et c’est 24h sur 24 car quotidiennement, à longueur d’année l’animal souffre et meurt pour l’humain.
Pouvez-vous nous faire le tableau des habitants de votre chère Madrague ?
J’ai plein d’animaux sauvés de la mort, des abattoirs, de l’Aïd-el-kebir, des chasseurs... J’ai des cochons merveilleux, une jument, un âne, des oies, des chèvres, des poules, des canards, des moutons, des sangliers que j’adore, un renard sauvage. Mais aussi des chats en pagaille, des chiens, des tourterelles, des pigeons...
Quel combat vous tient particulièrement à cœur actuellement ?
Je ne veux plus qu’on mange du cheval, c’est ignoble et inhumain. C’est comme manger du chien. Le cheval est la plus noble des conquêtes de l’homme et ne doit en aucun cas finir dans nos assiettes.
Quand vous regardez votre parcours, l’accompliriez-vous à l’identique si c’était à refaire ?
Oui mais rien n’est à refaire, tout est à continuer…
Quels sont vos projets pour l’année 2008 ?
Toujours les mêmes : faire évoluer les mentalités (ce n’est pas une mince affaire), dénoncer les abus de toutes sortes, assimiler la vie animale à la détérioration de la planète. D’ailleurs, je ne comprends pas le mutisme d’Al Gore, ni celui de Nicolas Hulot alors que les animaux, au même titre que les plantes, font partie intégrante de notre chaîne de survie. On continue à massacrer les baleines, les dauphins, les phoques, les animaux à fourrure. On fait reproduire les animaux domestiques, chiens et chats, pour mieux les abandonner et les euthanasier au bout du compte.
Quel animal vous symbolise le mieux ?
La licorne car elle est mythique et n’a rien de commun avec l’humanité.
Quel message souhaitez-vous faire passer à nos lecteurs ?
Merci aux lecteurs de Temps libre d’avoir lu cet interview. J’espère que certains auront compris le message ! De toute manière je les embrasse tous très tendrement.

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