C’est quelques minutes après la fin de son
émission, dans les locaux de RMC que
j’ai rendez-vous avec Brigitte Lahaie.
L’atmosphère quelque peu électrique de la
radio ne semble pas avoir de prise sur elle :
sereine et rayonnante elle m’accueille en
toute simplicité. Si l’animatrice a l’habitude
d’écouter les confidences de ses auditeurs,
c’est aujourd’hui à elle de se livrer…sans
langue de bois !
Votre approche est originale : vous mettez en avant les hommes, tous, même ceux qui trompent leur femme... Pourquoi ?
Si j’ai pris ces exemples, c’est parce qu’on les prend toujours de l’autre côté. Un homme qui trompe sa femme est souvent un homme qui souffre. Tous ne sont pas des Don Juan, des cavaleurs. Il faut se mettre un peu à leur place.
Les femmes ont d’habitude le beau rôle. Pourtant, vous soulignez qu’elles ont une part de responsabilité dans leurs déboires. On a coutûme de dire “Les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus”. Est-ce votre avis ?
Je n’aime pas “Les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus”. Je trouve que c’est faux : il y a des hommes très féminins et des femmes très masculines. C’est un peu trop pratique de mettre les gens dans des cases, car cela enlève toute remise en question. Je crois que les “vraies” femmes n’ont pas peur des hommes. Quand elles sont castratrices ou qu’elles refusent la sexualité, c’est parce qu’elles ne sont pas bien dans leur peau. Je les plains, plus que je ne les accuse.
Vous tordez le coup aux illusions : “A force d’attendre le prince charmant les femmes restent endormies”, “le couple parfait n’existe pas”. Faire une croix sur ces idéaux est la clé du bonheur ?
Oui, il faut accepter de tordre le coup à toutes ces idées qui sont certes très agréables quand on a 20 ans, mais qui, à 50 ans sont chères payées. J’ai longtemps cru au prince charmant et je voulais un cheval blanc ! Je connais le prix de cet idéal amoureux : on est forcément déçu.
Vous parlez d’une époque où “passée la ménopause, les femmes n’existaient plus sexuellement”. Y a-t-il eu une évolution ?
Oui. Suzanne Képès, une gynécologue très féministe, m’a d’ailleurs dit que c’est le corps qui avait le plus changé. Dans les années 1950, les femmes de 45 ans étaient de vieilles peaux. Aujourd’hui, à 50 ou 60 ans, une femme est encore désirable. J’en ai tous les jours à l’antenne et certaines ont même des amants de 30 ans !
Vous dites “Je me sens libre”…
En fait, je me suis toujours sentie libre par rapport aux autres mais pas vis-à-vis de moi-même. Je ne l’ai ressentie qu’à partir de 35-40 ans. Cela passe par une compréhension de soi. Ce n’est pas un hasard si je me suis mariée à 46 ans...
Lorsque vous avez décidé d’arrêter les films X, est-ce que votre reconversion a été facile ?
Non, j’ai eu cinq ans de galère. C’est très rare de passer d’un travail à un autre d’un seul coup et sans difficultés. Quand on veut changer de cap ça peut être un peu long. Je pense qu’il faut garder la foi pour surmonter les temps difficiles.
Quelles difficultés avez-vous rencontrées ?
Quand j’ai arrêté les films X en 1980, je voulais être comédienne : voilà mon erreur. C’était impossible.
Vous vous êtes tournée vers d’autres disciplines...
Lorsqu’on veut se reconvertir, l’important est d’être clair et de tourner la page. J’ai donc fait beaucoup de choses : des films, des livres, du théâtre, de la radio. Mais ce qui m’a beaucoup aidé, c’est la sortie de mon premier livre, “Moi la scandaleuse”, en 1987. J’y racontais mon passé dans le X et j’y affirmais que je ne regrettais rien. Ça a tout changé : ce gros succès médiatique m’a aidé à repartir.
Vous avez su imposer une émission sur la sexualité à une heure de grande écoute. Votre carrière dans le X vous a-t-elle servie ?
Au début, ma notoriété a joué : les gens ont eu envie de m’écouter par curiosité. C’est d’ailleurs aussi pour cette raison que RMC est venue me chercher. J’ai une vraie expérience et une vraie connaissance. Il faut les deux pour travailler sur la sexualité. Si l’on n’a que la connaissance, on risque d’être gêné par certains témoignages. Je l’avoue franchement, je peux tout entendre parce que j’ai tout essayé.
Vous dites que votre moteur est la passion...
Oui, j’aime la vie. Je peux aussi bien être bouleversée à la vue d’un bourgeon qui vient d’éclore que pour une rencontre : c’est vraiment ça qui m’excite. J’ai la chance d’avoir un sens esthétique très développé. Quelque chose de beau me fait vibrer, que ce soit une œuvre artistique, la nature, un animal. Par exemple j’ai un chiot de quatre mois et demi. Quand il me regarde avec ses yeux verts plein de vie et d’innocence, ça me bouleverse ! Tant qu’on est passionné, on est en vie ! Avec l’âge il faut acquérir une certaine sérénité, mais surtout, toujours donner du sens à sa vie. Si on n’a plus de moteur, on devient un vieux con…

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