Nous avions rendez-vous dans un
café en face du théâtre Saint-
Georges où Valérie Mairesse est
à l’affiche du “Chat en poche”.
Mais grève oblige, c’est finalement
par téléphone que nous avons dû établir
notre conversation. Avec la gaieté et
la spontanéité qui la caractérisent, Valérie
Mairesse remonte, avec nous, l’histoire de
sa vie et de sa carrière.
Dans votre livre, vous évoquez tous ces grands noms du cinéma que vous avez côtoyés : Agnès Varda, Coluche, Michel Galabru… Que vous ont-ils apporté ?
Vu le trajet que j’ai fait, j’ai rencontré des gens assez différents et passionnants qui m’ont beaucoup appris. Une des personnes qui a le plus compté dans ma vie, tant à 20 ans que maintenant, c’est Agnès Varda. Je le souligne dans le livre parce que je la fais revenir tout le temps. De façon générale, au niveau des rencontres, je suis une instinctive : je me laisse guider par mon cœur et par mon corps.
Vous évoquez des personnes moins “connues” mais tout aussi importantes, comme Nora, la nounou de votre fils…
Je pense que sa destinée est exceptionnelle. C’est une héroïne des temps modernes : cette petite Kabyle mariée à 17 ans a réussi à sortir du poids des traditions. Aujourd’hui c’est une femme “libérée”, mariée à un homme qu’elle aime, mère d’une fille qui fait des études. Elle a fait un travail de libération d’instinct, seule. Il y a peu de femmes comme ça et j’ai eu la chance d’en rencontrer une !
On découvre d’ailleurs dans votre livre vos convictions féministes…
Il ne faut jamais perdre de vue qu’à une époque les femmes n’avaient pas le droit de vote, qu’elles ne pouvaient pas signer un chèque du chéquier conjugal. Je ne vois pas pourquoi une femme devrait avoir moins de droits qu’un homme et c’est quelque chose que j’ai compris depuis toute petite. Quand j’ai rencontré Agnès Varda, j’ai saisi encore plus de choses puisqu’elle faisait partie d’un mouvement féministe. Aujourd’hui, ma fille a 21 ans et il est important que les filles de cette génération n’oublient jamais le combat qu’ont mené les femmes avant elles.
Le féminisme nous mène à votre déclaration “choc” : “Il y a 20 % d’hommes qui sont formidables”. C’est tout ?
Non, c’est suffisant. Ça laisse pas mal de choix…
Qu’est ce qui ne va pas chez les 80 % ?
Ils ne m’intéressent pas. Je prends toujours l’exemple d’un couple que je ne connais pas : je trouverais toujours un sujet de conversation avec la femme. Avec l’homme, non. Après c’est tout, il n’y a pas de jugement, je ne détiens aucune vérité. Je trouve seulement qu’il y a 20 % de mecs formidables… !
Vous avez l’image d’une épicurienne…
C’est ma façon d’être, je regarde les choses positives, les belles choses de la vie et des gens. Si on commence à se focaliser sur les choses négatives, c’est horrible ! Je ne veux plus être polluée par des gens qui ne voient que ce côté-là de la vie.
Quels sont vos petits plaisirs au quotidien ?
Me faire masser, des soins chez l’esthéticienne, faire du sport avec mon coach, me promener dans le bois de Vincennes quand il fait beau, voir que mes enfants vont bien, manger avec des gens que j’aime autour d’une table, aller au théâtre le soir et rendre les gens qui viennent nous voir heureux…
Dans le monde du cinéma, où l’image est omniprésente, comment se passe l’arrivée des premières rides ?
Déjà en tant que femme, ça change des choses : il faut faire attention à sa forme. En tant qu’actrice, on est tellement sur l’image, il faut veiller à ce que cela ne nous prenne pas trop la tête. C’est pour ça que depuis quelques années j’essaie d’élargir les rôles. Par exemple, dans le dernier film d’Isabelle Mergault, je me suis enlaidie. Je n’ai pas envie d’avoir la bouche gonflée mais je prends énormément soin de moi, je fais du sport, des soins, mais je n’ai pas forcément envie de ressembler à tout le monde. Certaines actrices se font des piqûres partout… En même temps, ce n’est pas du tout agréable de vieillir, mais l’on n’y peut rien. Si on ne vieillit pas, on meurt, donc je préfère vieillir que mourir !
Votre fille Tina veut aussi être actrice. Est-ce que c’est important que l’un de vos enfants suive vos pas ?
Ce qui m’importe c’est qu’elle choisisse sa destinée. Mon travail et ma carrière, je les ai voulus et je les ai réussis. C’est au tour de ma fille de le vouloir et j’espère qu’elle y parviendra. L’essentiel est de réussir sa vie, et si on peut le faire avec les rêves de son enfance, c’est encore mieux.

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