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lundi 15 février 2010, par Marion Rotrubin

Marlène Jobert "Le cinéma ne me manque pas"

Elle est à la fois l’une des femmes les plus sexys de sa génération tout en assumant le titre de “Grand-mère idéale”*. Marlène Jobert, inoubliable actrice devenue romancière et conteuse, cultive les paradoxes. Rencontre.

C’est à l’occasion de la sortie de son nouveau conte musical, “Curieux Noël pour un vieux Grigou” que nous avons rencontré Marlène Jobert. Pétillante, la voix malicieuse, elle nous a confié les secrets de fabrication de ses contes et expliqué son changement de carrière. Si cela fait maintenant près de 15 ans qu’elle a quitté les projecteurs des plateaux de cinéma, il semble pourtant qu’elle ait transmis le virus de la comédie à sa fille, Eva Green, jeune actrice prometteuse, que l’on a pu voir notamment dans “Casino Royale”. Rencontre avec une femme épanouie qui rêve de devenir grand-mère…

Depuis que vous avez arrêté le cinéma vous avez vendu plus de 11 millions de livres. Est-ce que vous vous attendiez à un tel succès ?

Non, bien sûr ! Au début, je l’ai fait pour m’amuser, pour que mes filles aient des souvenirs de leur petite enfance et de leurs contes préférés que j’avais épanouis, enrichis. Mais je ne m’attendais pas à ça !

Pourquoi avoir arrêté le cinéma ?

Je n’éprouvais plus assez de plaisir et j’étais agacée de devoir laisser mes filles pour tourner des choses qui ne me satisfaisaient pas. En fait, je me suis rendue compte que je ne pouvais pas tout faire : réussir ma vie d’actrice et celle de mère. Ecrire à la maison me permettait de rester auprès de mes enfants, d’être ainsi plus en harmonie avec moi-même. Et découvrir l’écriture si tard, en éprouvant un tel plaisir, c’est une chose formidable !

On imagine pourtant que la vie d’actrice doit être très différente de celle d’écrivain…

Non, vous savez, on ne fait pas le métier d’acteur pour la vie de lumières, on le fait parce qu’on aime jouer. Cela ne m’a pas gênée de ne plus être sous les projecteurs !

Et pourquoi avoir choisi la littérature enfantine ? Aviez-vous été bercée par certains contes dans votre enfance ?

Non, j’ai découvert l’art du conte tard, vers 20 ans. J’aime en fait tout ce qui est imaginaire, fantastique. Ensuite, enceinte, j’ai lu beaucoup d’ouvrages de psychologues qui s’accordaient à dire que la lecture d’un conte avec un être cher est fondamentale pour l’éducation et la relation parent/enfant. A travers le conte, on transmet beaucoup de choses : des principes moraux bien sûr, mais aussi de véritables passions.

Comme la musique par exemple…

Oui, à travers la collection de livres “Contes et grandes musiques”, je veux leur faire aimer cette musique, montrer que cela n’est pas du tout barbare. Captivés par l’histoire, les enfants se laissent ensuite émouvoir par les notes. C’est une première approche qu’ils pourront ensuite faire grandir toute leur vie !

Au-delà des enfants, vos livres touchent aussi les adultes…

Oui. Souvent les parents sont accaparés par leurs soucis, leur vie professionnelle. Les grands-mères travaillent encore souvent. Le CD est donc quelque chose qui peut satisfaire tout le monde. J’invite d’ailleurs les parents et grands-parents à écouter l’ouvrage au moins une fois avec l’enfant  : en écoutant son avis sur l’histoire, on en apprend beaucoup, on établit une complicité.

Pensez-vous un jour allier vos contes et le cinéma ?

Un jour j’écrirais sûrement un long métrage pour les enfants, avec une histoire inédite spécialement écrite pour le cinéma. Pour l’instant, je travaille sur Cléopâtre, mais il y a tellement de choses à dire que je pense faire deux parties ! Il y a deux ans j’avais écrit un livre sur Toutankhamon  : l’Egypte ancienne fascine. Avec le cinéma l’approche n’est pas la même : le fait de ne pas avoir l’image permet de faire travailler l’imagination.

Comment se passe la création d’un conte ?

Je me documente beaucoup : j’achète de nombreux ouvrages, je lis beaucoup et me documente sur Internet. Une fois que j’ai toutes les informations, je construis mes histoires pour scénariser des faits historiques qui soient attractifs pour captiver les enfants. C’est un tour de force ! (rires). Je travaille intensément pendant deux mois, je laisse ensuite « reposer » pendant trois semaines et ensuite je reprends.

Votre deuxième vie professionnelle est parfaitement réussie. Cela doit être jouissif…

J’ai eu beaucoup de chance dans la mesure où quand j’étais au top au cinéma, il y avait moins de concurrence, que ce soit celle des autres actrices ou de la télévision. J’ai eu également la chance que l’on me propose des rôles populaires, d’avoir fait beaucoup de succès commerciaux. Pourtant, sur le moment, je n’en étais pas consciente : j’étais toujours soucieuse d’être à la hauteur de ce que l’on attendait de moi, très sensible et émotive. Je n’avais pas assez de recul pour être assez lucide.

Aujourd’hui, l’une de vos filles, Eva, entame une carrière d’actrice prometteuse… Quel a été votre réaction lorsqu’elle vous a fait part de son choix ?

Cela ne m’a pas fait plaisir : la connaissant si sensible, si émotive, je me suis fait beaucoup de soucis ! C’est un métier très difficile. Il faut être suffisamment solide pour endurer toutes les contrariétés, les humiliations, les injustices. Pourtant, paradoxalement, c’est avec notre émotivité que l’on arrive à interpréter les personnages !

Je suppose que vous lui donnez de précieux conseils…

On ne se voit pas souvent, mais j’essaie de lui en donner quelques uns… Cela l’ennuie parfois un peu d’ailleurs ! (rires) Mais elle se débrouille très bien, elle est douée !

Selon un sondage publié par le magazine “Pleine vie” en novembre dernier, vous êtes “la grand-mère idéale”. Flatteur, non ?

Oui, ça me fait plaisir ! Je pense que c’est lié à mes livres : on rêve tous d’avoir une grand-mère qui nous lit des contes et qui soit à notre écoute.

Pourtant vous n’êtes pas encore grand-mère…

Non, malheureusement ! Mais j’attends cela avec impatience. En tous cas, je peux affirmer qu’ils auront une bibliothèque super garnie (rires).

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