Originaires d’Orient, les étoffes matelassées arrivent en Occident Chrétien au Moyen-Âge par l’intermédiaire des croisades. Au XIVe siècle, les ateliers de piquage de Sicile ont adopté le quilting cordé ou Trapunto, procédé de piquage et de bourrage réalisé sur deux épaisseurs de tissus. La mode des costumes en Trapunto gagne l’Angleterre des Tudor puis la France. Désireux d’enrichir leur savoir-faire, les fabricants marseillais font venir des artisans brodeurs siciliens ou italiens. Des ateliers de couture s’installent à Marseille, Nîmes, Avignon, Aix et Arles. Les tissus utilisés sont en soie ou en satin, deux spécialités de la cité phocéenne. L’importation des “indiennes” à partir de la fin du XVIe siècle révolutionne l’industrie textile et profite aux techniques de piquage. Ces toiles de coton peintes ou imprimées, décorées de motifs aux couleurs éclatantes et inaltérables, ont vite conquis la noblesse et la haute bourgeoisie. Malgré un prix élevé, les “indiennes” sont très prisées pour l’ameublement ou l’habillement. L’engouement croissant suscité par ces toiles menace le commerce de la soie et de la laine. Le 26 octobre 1686, afin de protéger les Manufactures de soieries, un décret royal en interdit l’importation, l’impression, le port et l’usage. La levée de l’interdit royal en 1759 relance l’impression textile en France et favorise l’éclosion de nombreuses manufactures, dont la plus prestigieuse, celle de Jouyen- Josas, fondée par Oberkampf en 1760.

Richesse des motifs et finesse d’exécution
La longue période de prohibition favorise les ouvrages piqués. Afin de préserver des milliers d’emplois, les manufactures marseillaises obtiennent l’autorisation d’importer les toiles blanches de coton à condition qu’elles soient piquées à Marseille. Les points de piqûres et les volumes de la broderie emboutie remplacent les motifs et la couleur des indiennes prohibées. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les piqûres de Marseille sont des produits de luxe qui s’exportent vers toute l’Europe et les colonies d’Amérique. Le déclin des grands ateliers professionnels de Provence s’amorce vers la fin du XVIIIe siècle. La broderie au boutis se poursuit dans les ateliers de couture pour femmes et devient surtout un art domestique pratiqué dans les foyers. Après 1870, elle s’éteint inexorablement en Provence et en Languedoc. Le boutis, symbole d’une identité régionale disparaît pendant un siècle. Mais depuis les années 1990, cet art revient à la mode, pratiqué par des créatrices de talent. La beauté d’un boutis tient à l’originalité de sa composition, à la richesse des motifs, sa transparence et sa finesse d’exécution. Le piquage consiste à coudre les deux épaisseurs de tissus ensemble. Les motifs sont piqués avec différents points : point de piqûre, point avant, point arrière, etc… Le méchage ou bourrage donne du relief aux motifs. Sur l’envers de l’ouvrage, on introduit du coton à tricoter entre les deux épaisseurs de tissus. Les mèches sont poussées ou tirées à l’aide d’une aiguille à tapisserie. Il est important de ne pas laisser de trous visibles sur la face envers. Les deux faces sont identiques, il n’y a ni endroit ni d’envers, contrairement au Trapunto. Le mot « boutis » semble avoir de multiples origines. Parmi elles, on trouve les anciennes aiguilles à deux chas utilisées pour bouter (pousser) les mèches de coton entre les deux tissus.

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