samedi 25 mai 2013
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Rencontre avec Marion Game et Gérard Hernandez

Plus qu’un succès : un phénomène de société ! Le programme court de M6, Scènes de Ménages, affole le PAF avec ses portraits doux-amers de 3 couples qui nous ressemblent. Huguette (Marion Game) et Raymond (Gérard Hernandez), les retraités de la série, se sont prêtés au jeu des questions réponses avec une bonne humeur communicative.

Vous semblez tellement complices à l’écran que l’on s’imagine que vous vous connaissez depuis longtemps…

Marion : c’est le cas ! Nous nous connaissons depuis des années, nous sommes très complices, depuis nos expériences de doublage voix, ce que j’appelle nos « expériences en sous-sol » !

Gérard : Oui on a fait des tas de bêtises ensemble ! On se croisait dans les émissions culturelles des années 70 ou à l’Académie des Neuf… Mais on n’avait jamais joué ensemble avant Scènes de Ménages.

Justement, comment a commencé l’aventure Scènes de ménages ?

Gérard : Moi j’étais déjà engagé quand Marion a passé le casting… Mais ça tombait sous le sens qu’elle obtienne le rôle ! On a tout de suite trouvé nos marques dans la peau de Raymond et Huguette.

Marion : Oui, mais je me suis battue pour le rôle, quand même ! C’est l’histoire de ma carrière, de toute façon, je suis une femme libre et indépendante. J’ai travaillé dans les années 80 avec les plus grands, mais je n’ai jamais voulu recevoir l’appui de qui que ce soit, j’ai toujours gardé ma valise en carton pour tracer ma route. Je disais souvent à mes amies qui cherchaient un protecteur, tu sais la route est longue, et celui qui te protège en ce moment en protégera une autre dans quelques années. Et moi, je suis toujours là ! Je crois que j’avais raison !

Les répliques font souvent mouche : vous apportez votre patte aux dialogues  ?

Marion : Pas vraiment. Les textes sont très efficaces alors pourquoi vouloir mettre notre grain de sel ? J’ai une admiration sans borne pour les auteurs. Je garde une certaine humilité, bien sûr on fait un boulot tuant, mais c’est un boulot de feignasse à côté de l’écriture (rires) !

Gérard : Parfois on arrange un peu à la lecture, et puis il nous arrive d’avoir des fulgurances, alors on ne s’en prive pas ! Mais c’est rare, il y a un tel travail d’écriture en amont.

Comment analysez-vous le succès de Scènes de Ménages ?

Gérard : Je dois vous dire quand même que ce succès m’a surpris… Je ne sais pas trop, peut-être que plus ça va, plus le temps d’attention rétrécit ! Les programmes courts collent bien à notre époque de zapping, et puis la déclinaison de la série en trois couples en fait un miroir de la société, qui touche tout le monde.

Marion : Avec Huguette et Raymond, on pensait toucher le troisième âge, mais ce sont les enfants et les ados qui nous aiment beaucoup ! Dans les cours de récré, j’ai appris qu’on jouait à mamie Huguette et papy Raymond, c’est fou ! C’est une identification détournée, les enfants rêvent d’avoir des grands-parents comme ça, modernes, qui se tirent dessus et disent des grossièretés.

Jacques Brel, dans la chanson des Vieux Amants, dit qu’il n’est pas de pire piège que vivre en paix pour des amants : ça colle assez bien à votre couple à l’écran ?

Marion : Mais oui, mais que reste-t-il sinon  ? À notre âge il n’y a plus beaucoup d’autres modes de fonctionnement, on n’a plus d’enfants qui rient ou qui crient, on ne se saute plus dessus, la passion sexuelle s’émousse, alors se tirer la bourre et s’énerver l’un l’autre, ça donne une pulsion de vie, tout sauf l’indifférence du canapé-télé  ! Et j’y vois aussi une caricature qui parle à beaucoup de gens de notre génération. La femme qui ferme sa gueule pendant 40 ans, qui fait la popote et le ménage : ça fait du bien de voir soudain ces bonnes femmes se rebiffer et claquer la porte !

Gérard : Il faut éviter l’ennui… D’une certaine manière notre couple donne espoir, même vieux cons, ça marche encore !

Vous avez mis de vous dans vos personnages  ?

Marion : Je suis le contraire d’Huguette ! Quelqu’un qui m’embête au quotidien, c’est fini, j’ai donné !

Gérard : J’ai un côté râleur… Mais je ne resterais pas une minute avec une Huguette !

Vous avez été la voix du Schtroumpf Grognon, d’ailleurs. Un personnage qui ressemble un peu à Raymond ?

Gérard : Oui exactement (rires). J’ai un conseil à donner à vos lecteurs : râlez ! Il faut savoir dire non !

Vous avez tous les deux une filmographie impressionnante, mais c’est la première fois que vous êtes autant sur le devant de la scène : ça a changé quelque chose ?

Marion : C’est difficile à dire parce que moi, je n’ai rien changé ! Ce qui a changé, c’est le buzz, c’est la com, alors que je fais exactement la même chose depuis 40 ans. Ce milieu est tellement parisien… Quand on n’est pas des stars à Paris, on a le droit d’être efficace, mais dans l’indifférence générale. Quand je donnais la réplique à Pierre Richard dans « on purge bébé » de Feydeau, la pièce a eu un succès colossal en province, on avait les gros titres de la presse locale. La presse parisienne, elle, ne retenait que l’abandon du projet par Muriel Robin…

Gérard : Rien du tout ! Les professionnels ne nous appellent pas plus ! Mais le public, lui, nous aime, et c’est le plus important !

Marion Game, vous signez le 16 mai votre retour à l’écran dans « plus belle la vie » sur France 3. Vous voici donc dans les deux programmes les plus populaires des Français actuellement !

Marion : Oui c’est tellement insensé ! Mais dans « plus belle la vie » je ne suis qu’une petite touche de couleur dans un immense tableau !

Cet agenda chargé vous laisse-t-il du temps pour vos projets ?

Marion : J’ai un projet de théâtre, une pièce que j’ai très envie de jouer. Mais mon projet principal c’est de profiter de mes petits-enfants dans ma maison de Noirmoutier où me rejoint ma fille, comédienne elle aussi. Je suis le patriarche !

Gérard : Je remonte sur les planches pour jouer dans la pièce de Laurent Baffie, «  Toc-Toc ».

Vous avez une énergie débordante. Le secret de votre forme ?

Marion : La satisfaction d’être toujours là chaque matin ! Je pense souvent aux gens démunis qui n’ont pas la chance que j’ai de pouvoir respirer à pleins poumons, de profiter pleinement de l’existence. Alors je me rappelle cette phrase de ma grand-mère : « ma petite fille, quand on ne fait rien, on n’est pas loin de mal faire ». Elle m’a donné le virus, je ne me repose jamais !

Gérard : No Sport ! Je fais tout ce qu’il ne faut pas faire. Et puis surtout je vais vous dire : j’ai l’impression d’avoir 8 ans et demi ! Je me surprends toujours à dire : « quand je serai grand… »

PROPOS RECUEILLIS PAR GABY BOURJAILI

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