Au cinquième étage d’Havas, l’une
des plus grandes agences publicitaires
françaises, la journée commence.
Jacques Séguéla, accueillant
et tout sourire, rayonne. D’entrée, il
ôte les barrières : ici on se dit bonjour par
une bise et on se tutoie. Enfin presque…
Vous dédiez votre dernier ouvrage à vos petits-enfants “qui ne sont pas encore nés”, est-ce un appel à votre aîné ?
Non, rien ne me fait plus peur que d’être grand-père parce que c’est la fuite du temps. Mais tout le monde devrait écrire l’histoire de sa vie pour qu’un jour ses enfants, ses petits-enfants sachent exactement d’où ils viennent. Car les racines nous servent à mieux affronter le futur : plus on connaît son histoire et plus on a envie de la continuer ou d’en écrire une autre.
C’est un cadeau en avance…
Oui mais un peu égoïste. Les autobiographies sont toujours écrites par des monstres d’orgueil : ceux qui pensent que leur vie est intéressante. Là pour le coup, j’en fais partie (rires)...
Par cette autobiographie, vous montrez-vous nostalgique ?
Je n’ai de nostalgie que du futur. Et puis je n’ai pas raconté ma vie mais celle des autres qui avaient fait la mienne. Je crois que l’on doit tout à ses rencontres.
Dans la préface, Jean Feldman, votre ami depuis 40 ans, distingue Jacques de Séguéla…
Oui car les images médiatiques sont toujours fausses. D’ailleurs, pour mes clients politiques ou mes patrons, tout mon combat est d’essayer de rétablir l’image. Mais je ne l’ai jamais fait pour moi. J’accepte toutes les émissions même celles où je sais que je vais en prendre plein la figure... Ça me fait comprendre un peu mieux l’influence des médias, le cynisme des journalistes ou leur naïveté.
Peut-on en savoir plus sur Jacques ?
Je suis un être de rêves mais beaucoup plus concret que l’on ne croit, beaucoup plus tendre que les coups de gueule que je peux affirmer. Absolument conscient de mes limites, je n’ai pas la grosse tête ! L’instinct me guide, les rencontres me font.
Prenez-vous soin de votre corps ?
Pas vraiment. Quand je me vois dans une émission de télé, j’éteins... C’est le seul moment où j’ai vraiment envie de me suicider (rires). Mais j’ai la chance de vieillir jeune, jusqu’au jour où je vais vieillir d’un coup. Mais je ne fais rien de forcé pour essayer d’entretenir une jeunesse qui s’envole. Dès les premières pages, vous dites que “la vieillesse commence lorsque les regrets l’emportent sur les rêves”.
Est-ce le cas pour vous ?
Comment pourrais-je avoir des regrets quand je vois la vie de rêve que j’ai ? Généralement les comiques sont tristes, moi je suis un marchand de rêves qui rêve. Toujours plongé dans l’avenir, le présent est pour moi un morceau d’avenir qui se construit et le passé ne compte que comme moteur. Je gomme tous mes échecs. Si j’ai voulu écrire la campagne de Lionel Jospin, point par point, c’était parce que j’aurais fini par oublier les fautes que j’avais pu commettre ou que je n’avais pas été capable d’éviter...
N’avez-vous pas le moindre regret ?
Le seul regret que j’ai, c’est le jour où Véronique Colucci, la femme de Coluche, est venue me proposer d’être le président des Restos du coeur. Mais à ce moment-là, je faisais la campagne politique de Mitterrand, j’étais débordé. Mais j’aurais dû abandonner une part de mes activités pour l’une des plus belles idées de cœur qu’ait eue la France au siècle dernier.
Dans votre écriture, on ressent une énergie hors du commun : où la puisez-vous ?
Je suis fils de pub et fier de l’être. J’ai besoin de communiquer. Je trouve mon énergie dans le fait de m’exprimer, de bousculer les choses en essayant, à chaque fois, d’avoir l’idée qui va perturber le système. D’ailleurs, dès que je ne communique plus, je me ratatine.
Avec vingt campagnes présidentielles dans le monde au compteur, quel homme politique vous a le plus marqué ?
François Mitterrand que j’ai pu côtoyer pendant 14 ans. Alors que tout le monde prétendait que je l’avais fait Président, c’est lui qui m’a couronné petit roi de la publicité. Et puis il m’a donné une conscience politique que je n’avais pas.
En ce mois de février, que pensez-vous de la Saint-Valentin ?
C’est un coup de pub qui perdure parce qu’il a une vraie valeur d’imaginaire collectif et une vraie efficacité commerciale. Ce n’est pas mal parce que finalement il y a le jour du cancer, de l’alcoolisme…c’est quand même mieux de se dire que c’est le jour de l’amour. Et puis c’est ce que l’Homme a inventé de mieux, depuis qu’il est sur Terre. Donc, je trouve que c’est le plus beau jour de l’année et j’en profiterai pour le redire à ma femme comme je le fais depuis 32 ans !
A 75 ans, vers quels horizons tournez-vous votre regard ?
Je te l’ai dit, 100 ans ! (rires) Il vaut mieux voir loin. Et après, Dieu fera le reste (rires)...
Autobiographie non autorisée de Jacques Séguéla aux éditions Plon, 283 pages, 21€.

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